Chapitre 11

A ce moment là, le téléphone de Judith, posé justement à côté de la longue bouteille si caractéristique, se mit à sonner. Une sonnerie agressive, comme menaçante.
Une menace insistante, puisque personne ne s’empara du Samsung posé sur la table basse. La police était déjà en train de repartir, opérant un pas de danse en haut de l’escalier afin de laisser la tête du cortège à son supérieur. Marc les accompagnait à la porte. Les autres étaient tétanisés. Pas un n’osait même tourner la tête vers le téléphone.
La sonnerie s’arrêta avant que le manège dans le corridor ne soit fini. Marc et Tom attendirent d’apercevoir les uniformes dans le jardin pour se précipiter sur l’appareil. Un numéro affichait l’appel en absence. Un 070, de l’opérateur AWCC. Aucun message n’avait été laissé.
Tom ordonna à Benoît de composer le numéro très vite, afin de deviner s’il était dans son répertoire. Mais de raccrocher immédiatement si c’était le cas. Il allait faire de même, mais chacun son tour.
Benoît composa fébrilement le numéro. Au bout de quelques secondes, il comprit : il ne le connaissait pas. Tom, à son tour, composa. Cette fois, un nom apparut, mais il eut à peine le temps de le lire qu’on décrocha. L’Anglais coupa immédiatement le sifflet à son interlocuteur et jeta l’appareil comme s’il lui brûlait les doigts.
« Daoud ! Mais pourquoi il appelait Sophie ? Et à cette heure ! »
Les deux avaient pensé que ce numéro inconnu pouvait être celui d’un ravisseur. Tomber sur cet Afghan-Américain dont les business pouvaient paraître mystérieux, mais qui avait su patiemment se rapprocher des milieux diplomatiques, devait-il remettre en cause cette hypothèse ?
Les derniers enlèvements avaient démontré que les brigands afghans utilisaient aisément le téléphone portable comme moyen de communication. Mais se pouvait-il que Daoud soit impliqué ? Cela paraissait invraisemblable. En plus, il n’utiliserait pas impunément son téléphone comme cela. Décidément, cela ne collait pas.
Tom essayait confusément de mettre des mots sur ces pensées contradictoires pour expliquer la situation à Benoît quand ce fût, cette fois, le téléphone de ce dernier qui se mit à vibrer. Il tendit le combiné à l’Anglais pour savoir ce qu’il devait faire : Daoud Kamal essayait de le joindre depuis son numéro Roshan.
« Réponds ! », ordonna Tom, et Benoît répondit sans anticiper de ce qu’il allait advenir.
« Allô Benoît ! Je suis content que tu répondes, je n’ai pas osé rappeler Tom, puisqu’il m’a raccroché au nez. J’ai des infos pour vous. Mais attention, je ne te parle pas en tant que journaliste, je te parle parce que vous êtes en possession du téléphone de Sophie. »
Le haut-parleur était branché et le son remplissait tout l’espace enfumé de la pièce. Tom était figé mais gardait une froideur qui impressionna Benoît.
« Je peux vous aider, et gratuitement. Mais je ne veux pas d’ennuis : tout ça est une affaire d’expats, ce n’est pas à mon peuple de payer pour vos embrouilles une fois de plus. Daniel est avec vous ?»


à suivre...